5 octobre 2014

Challenge Vichy 2014 : l’explosion

par Anouk

Cette année, je m’étais inscrite à Vichy parce que j’en avais marre des tempêtes sur IM.
Et en plus, Estelle et Philippe s’étaient inscrits aussi. Ca s’annonçait bien, même si j’ai redouté les conditions atmosphériques jusqu’à la veille. Et puis, il y a eu la maladie d’Estelle, une grosse fatigue pendant toute l’année pour moi, et pour finir, l’accident de Philippe. Pendant l’affûtage, j’ai beaucoup douté. J’ai eu du mal à surmonter ma fatigue, j’étais triste pour Estelle et Philippe.

Tout a pourtant bien commencé : le samedi 30 août, nous sommes parties, Solène et moi, par un beau soleil. Arrivées à Vichy, nous avons commencé par avoir un peu de mal à trouver le site à Bellerive-sur-Allier à cause de mon sens de l’orientation peu performant, mais
une fois dessus, nous avons récupéré nos dossards et fait la queue pour le sandwich et le nougat du déjeuner. Il faisait très beau, les gens qui venaient de finir le M étaient de bonne humeur, il y avait beaucoup de monde partout. C’était très différent d’il y a trois ans, première
édition de la course dans des conditions épouvantables (voir CR de Pascal). Solène, à qui on avait acheté des chaussures à cales pendant les vacances, s’est entraînée à monter sur le vélo avec les chaussures fixées par des élastiques. En effet, elle était inscrite au duathlon pour
enfants, le Challenge Junior. Au moment où les minimes se sont rassemblés pour entrer dans le petit parc à vélo, j’ai entendu une fille dire : « Oh, regarde, il y a quelqu’un avec les chaussures sur le vélo, il y a du niveau ! ». Solène était la seule avec des chaussures à cales.
Les filles de la courses se sont positionnées 5 m devant les garçons au départ pour 800 m de CAP ; Solène a terminé 1ère fille et 4e en tout ; elle est montée assez prudemment sur le vélo car il y avait des graviers, est devenue rapidement toute rouge mais malgré des demi-tours un
peu acrobatiques, a encore distancé la 2e fille sur les 4 km en A/R. Sa descente de vélo a été magnifique ; elle a conservé son avance dans la 2e CAP avec arrivée sur le stade. Elle était contente !

Ensuite, j’ai préparé mon vélo et mes sacs car il fallait tout laisser dans le parc avant 18h, sauf les bidons et les barres pour le vélo qu’on pouvait apporter le lendemain matin (ainsi que la montre, que je mets sur le vélo car j’ai peur de la perdre en nat). Je me suis dit que j’allais aussi garder mes lunettes de soleil sur mon nez car il y avait beaucoup de lumière, mais ça n’était pas une bonne idée, cf. plus loin. C’est le moment où il a aussi fallu coller les tatouages type malabar sur le bras et la jambe gauches (à la place du vulgaire marquage).
Solène, une experte du tatouage malabar, a fait ça parfaitement, contrairement à nos voisins de parking pour qui ça a été une première épreuve. Ensuite, 20 bonnes minutes de vérification frénétique des sacs : presque rien dans le premier, juste la ceinture porte-dossard et des chaussettes, et pour le 2e, j’ai trouvé une astuce : j’ai mis une 2e ceinture avec des gels dessus, pour éviter de les avoir sur le vélo (sur le vélo, je mange des barres) en plus des chaussures de CAP et de la casquette.

Est venu le moment glorieux du dépôt de vélo dans le parc, le moment où on se sent bien et fier de participer. J’ai mis moi aussi mes élastiques, j’ai bien repéré l’entrée, la sortie, l’endroit avec les sacs. J’étais à un emplacement idéal. Mais dès que je suis sortie du parc, l’angoisse a commencé à monter : est-ce que je n’ai rien oublié ??
Direction l’hôtel, un palace (pas très cher) en plein centre. Petit gag de Solène qui, craignant une contravention, me fait me garer dans un parking souterrain (avec le porte-vélo, mais ce n’est pas ça le gag, voir plus loin). La chambre, au 7e étage, est chouette. Je monte par l’escalier car je suis claustrophobe. Nous descendons manger (par l’escalier). Crêperie honorable pleine de triathlètes. Nous remontons (par l’escalier) nous coucher tôt. Je prépare soigneusement deux grands bidons. Vers 23h30, à la surprise de Solène, je sors sur le balcon car j’avais entendu un bruit gênant et je voulais savoir ce que c’était : la sortie de l’opéra. Eh oui, il n’y a pas que le triathlon à Vichy, il y a aussi : l’opéra, donc, les curistes (on s’en
passerait), des montgolfières (+++++).

Le réveil sonne à 4h55 ; je pense à me couper les ongles pour ne pas abîmer la combi, nous prenons mon sacs, nous descendons par l’escalier, nous arrivons à la porte piéton du parking : fermée. Il faut insérer son ticket dans une fente. Avec un autre triathlète, nous essayons tour à tour : rien. La poignée ne bouge pas. Quelques secondes de stress, avant qu’à la 10e tentative, la porte s’ouvre. 10’ de voiture dans la nuit, guidée par Solène, en grignotant du gatosport au chocolat (qui passe difficilement chez moi, mais pas chez Solène). Il n’y a pas encore beaucoup de monde dans le parking vers 5h45. J’entre dans le parc, je colle 2 power bars sur mon cintre, une fruits rouges et une noix de coco (je vous conseille la première, mais pas la seconde, on a l’impression de manger de l’huile solaire dès 6h du mat’), j’en ouvre une autre et la mets dans ma pochette et j’ouvre également 3 barres de pâte d’amande. Et par précaution je mets une autre power bar dans ma poche. Je fixe ma montre. Tout va bien, je trouve qu’il fait un peu frais mais le soleil n’est pas encore levé. Et là, nouveau stress : j’ai oublié mes lunettes de soleil. Je fonce à l’entrée du parc, ouf, Solène est là. Elle fonce à la voiture, trouve les lunettes. Ouf derechef. Je gonfle les chambres, prête obligeamment ma pompe à mes voisins, et la rapporte à Solène qui la remet dans la voiture. Il reste pas mal de temps ; je fais la queue pour les toilettes ; quand j’entends qu’il reste 30’ avant le départ de la 1ère vague, je commence à enfiler ma combi (il me faut du temps). Au bord de l’Allier, je demande à des participantes britanniques de m’aider à remonter la fermeture ; elles sont nombreuses et ont l’air inquiet ; elles disent qu’elles vont rester ensemble. Ca me semble une idée baroque, mais je vais dans l’eau, annoncée à 21°, et ça correspond à mon impression. J’essaie de voir les bouées mais il n’y a pas assez de lumière. Le public est déjà nombreux ; étonnant, un dimanche à 7h ! J’entends qu’il reste 5’ avant le départ, et je me dis que je vais avoir froid (pas possible de nager, il y a trop de monde). Je me mets en retrait de la ligne, les femmes partant avec les pro et les meilleurs GA. Au bout de 2’ environ, le speaker dit que le départ est dans 30’’ ; je suis bien contente, et je pars sans m’affoler, sans péripétie. Il y a de la place dans l’Allier. Le parcours est en 2 A/R avec une sortie à l’australienne. Le premier aller me paraît un peu long, sans plus. Bien entendu, les gens de la 2e vague, partis 10’ après, me rattrapent rapidement. Le jeu sera alors pour moi de vérifier qu’il y a toujours des bonnets bleus autour de moi (ceux de la première vague) et pas que des blancs. Le retour me semble assez court, peut-être qu’il y a un peu de courant. L’eau est propre, agréable. J’entends Solène m’encourager en sortant, je trottine sur les 50 m de tapis très confortable. Le jour s’est levé,
mais pas la couche de nuages. Je suis déçue, je pensais qu’il allait faire meilleur. Je vois quelqu’un plonger, mais je m’accroupis pour entrer délicatement dans l’eau et repartir, vers
l’autre rive. Le parcours nat’ est assez compliqué, mais je n’y pense plus quand je vois plein de montgolfières au-dessus de la rivière. Certaines sont très près, on distingue nettement les
flammes. C’est magnifique. Je me demande si je n’ai pas un peu ralenti pour les regarder (oui, je peux ralentir). A un moment j’évite un coup sur les lunettes, sans doute par un nageur du
half (départ 8h).

Je sors de l’eau contente, pas fatiguée du tout. Solène m’encourage de tout son coeur, je perçois dans sa voix que mon temps n’est pas bon mais je ne sais pas combien j’ai mis (1h31).
Je cours vers les sacs puis vers la tente, j’entends « à gauche, à gauche ! » : j’allais entrer dans la tente des hommes. A ce moment je vois une tente 5 fois plus petite sur la gauche : celle des
femmes. Une bénévole m’aide à enlever ma combi, ça ne me prend pas trop de temps, et je cours vers mon vélo. A ce moment, j’en suis encore à savourer chaque instant, même si je tremble un peu de froid. Casque, lunette, poussée du vélo, départ après la ligne. Là, j’ai franchement froid, mais je me concentre sur mes chaussures : bien ajuster le talon et les scratchs. Il y a du monde, je suis concentrée mais j’ai froid. A un endroit, encore dans la ville, 2 petit faux plat dans un virage, revêtement pourri, j’entends des bruits sourds, des grognements derrière moi, des attention ! » : mes DEUX bidons ont sauté. Rien à boire jusqu’au prochain ravitaillement ! Je me dis « tant pis, pas de quoi en faire un fromage ! », et j’accélère pour me réchauffer. J’avais vu qu’il y avait un ravitaillement au km 36, un peu tard car ça grimpe un peu au début, mais rien de dramatique. Je grimpe LA côte (facile) du parcours, j’arrive dans la forêt, je passe quelques bosses douces. Le paysage est très joli, je l’apprécie mais il fait gris.
Dans un village, au km 20, surprise ! Un ravitaillement. Je suis bien contente, j’attrape un bidon de boisson énergétique en ralentissant moins que d’habitude et je repars toute guillerette.

C’est un parcours facile, deux boucles de pas tout à fait 90 km, où on est presque tout le temps sur le grand plateau sauf au début. Ma moyenne monte régulièrement après la côte, je suis souvent sur le prolongateur, je regarde le paysage, tout va bien. Il y a un endroit un peu étrange où le revêtement est tel que le vélo vibre énormément, ainsi que tous mes os, pendant au moins 500m. Je ne vois pas les volcans d’Auvergne qui sont dans les nuages. Je vois un gars à terre, blessé, désemparé. Plus loin j’en verrai deux autres, dont un sur une civière. Il y a du monde (les gens du full et ceux du half), quelques voitures en face, il faut faire un peu attention pour dépasser, mais certains pensent à leur chrono avant de penser à pouvoir finir la course — refrain connu.
La fin du parcours est en faux plat descendant, j’atteins 30 km de moyenne en arrivant dans Bellerive-sur-Allier. Solène m’encourage dans la côte, elle est contente de me voir arriver si tôt. Moi aussi je suis contente ! Mais rapidement, je me rends compte que j’aurai du mal à conserver cette moyenne. Qu’à cela ne tienne, me dis-je, si je fais au-dessus de 28,5 ça sera déjà bien. Le 2e tour est donc un peu moins euphorique, mais le soleil est plus présent. C’est assez agréable de reconnaître les paysages. Et cette fois, je vois bien les volcans ! C’est un chouette endroit du parcours. Les bénévoles sont tous très sympa. Il n’y a qu’un endroit où j’ai eu un peu peur (deux fois), c’est quand le parcours traverse une route plus grande, avec des gendarmes des deux côtés pour empêcher les voitures de passer. Assez impressionnant. Sur le retour, je double plusieurs femmes (il y en a très peu). A la toute fin, pour regagner le parc, on nous fait passer sur des pistes cyclables complètement défoncées, étroites, avec plein de reprises. J’ai en marre ! J’ai mal aux poignets, je veux que ça s’arrête. Mais ça paraît long !

Ouf, la ligne, le parc. Je pose le vélo sans encombre, je prends mon sac, je change de ceinture, je mets mes chaussures, ma casquette. Je me sens fatiguée, mais sans plus. C’est parti pour le 1er tour sur 4. Autant le dire tout de suite, et malgré ce qui suit, j’ai adoré le parcours de CAP le long des deux rives de l’Allier et dans le centre de Vichy. C’est très varié, très agréable, plein de monde. L’idéal pour un IM. C’est très fleuri, très bien aménagé, on passe dans des parcs et sur des promenades. Franchement magnifique. On ne s’en lasse pas. Il y a des jets d’eau, des jeux pour enfants, des cafés. C’est plat, mais pas si facile, car il y a deux ponts : donc 8 montées de pont.

Au premier tour, il fait chaud, je demande qu’on m’asperge, je bois beaucoup d’eau et de coca, je mange un ou deux gels. Je reviens sur le site, Solène court avec moi, elle est contente de mon temps. Puis on lui dit qu’elle n’a pas le droit de courir avec moi, elle est déçue, et moi aussi. 2e tour un peu plus dur, un peu moins chaud, mais ça va encore. 3e tour difficile, mais c’est normal, c’est toujours le + difficile. Je pense que je reprendrais vie au 4e. Mais quand même, vers la fin du 3e, j’ai sérieusement envie d’arrêter, j’ai des vertiges, je n’avance plus, je traîne des pieds, j’en ai assez.
En montant sur le pont qui est près du site, je me dis que je vais finir malgré tout. Je dis quand même à Solène que je vais peut-être arrêter ; ça ne lui plaît pas du tout : « ah non, ah non, tu ne fais pas ça ! ». Je prends mon 3e chouchou et je repars. A chaque tour, on passe dans le stade de l’arrivée. Le speaker voit mon état et prédit mon arrivée … à 23h ! Je pense qu’il n’avait pas vu mes 3 chouchous, mais je pense aussi que je n’avais pas l’air très pimpante.
Le 4e tour a été long, long, long. Au début, en marche-course (très lente, la course).
Puis, impossible de reprendre la course, même très lente. Et même ma marche était lente. De nombreux autres concurrents marchaient aussi, mais plus vite. Toutes les filles que j’avais
dépassées à vélo ou sur le 1er tour de CAP m’ont doublé lentement, mais sûrement. Le soir tombait, après une après-midi magnifique. Il y avait encore de la lumière, mais j’avais peur de
devoir marcher dans l’obscurité.

Dans la course, certains ont déjà explosé. Mais mon expérience de l’explosion est complètement différente : eux, ils étaient encore avec des gens en forme, fatigués mais encore un peu compétitifs. Moi, j’étais avec des gens ni très jeunes, ni très en forme. Ce n’est pas très bon pour le moral !
Je suis arrivée sur le stade en marchant lentement, avec Solène, qui s’était beaucoup inquiétée ; c’est elle qui m’a remis ma médaille et ça a essuyé ma déception.
J’ai pris l’ascenseur pour remonter dans la chambre.

Pourquoi 13h36 alors que je voulais faire une heure de moins ? Manque d’entraînement, sans doute. Pas assez de seuil à vélo, pas assez de volume en CAP. Peut-être aussi un problème de santé à l’origine de ma fatigue chronique de l’année.

Pendant plusieurs km, je me suis dit qu’en 2014-2015, je ne me réinscrirais pas. Mais j’ai changé d’avis.


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